États-Unis – Cannabis médical : Pourquoi l’usage devance la recherche

Si l’usage médical du cannabis est devenu une réalité pour les patients comme pour les médecins américains, cette réalité devance aujourd’hui de loin la recherche scientifique et médicale. Ces deux professeurs de l’Université du Nouveau-Mexique nous dressent ici un tableau des difficultés rencontrés par les chercheurs qui souhaitent faire avancer la science médicale sur le « cannabis sativa ». Certes des millions de patients utilisent le cannabis médical et un américain sur deux y a accès directement ou connaît quelqu’un qui y a accès. 23 états américains l’ont légalisé. Enfin, le cannabis médical est préconisé ou envisagé aujourd’hui pour soulager les symptômes de multiples pathologies, dont le cancer, l’épilepsie, la douleur chronique ou encore le syndrome de stress post-traumatique. Cependant, écrivent ces chercheurs dans la revue Science, le gouvernement fédéral « continue d’étouffer la recherche scientifique » sur l’usage médical du cannabis.

Le gouvernement fédéral continue de rendre extrêmement difficile toute recherche sérieuse sur les risques et les avantages de l’usage médical du cannabis sativa, écrivent les auteurs : « Des millions de patients ont obtenu l’autorisation d’utiliser des produits médicaux à base de cannabis. 4 états ont même commencé à règlementer et taxer le cannabis à usage récréatif. Et pourtant, le gouvernement fédéral continue de classer Cannabis sativa comme une drogue au sens du « Controlled Substances Act », en le rangeant ainsi dans une catégorie encore plus restrictive que la cocaïne, la méthamphétamine et le PCP ».Défini encore comme une drogue (toujours au sens de l’annexe I du Substances Act), le cannabis reste ainsi affecté, en dépit de la preuve scientifique et de la réalité de son usage actuel, des caractéristiques suivantes : risque élevé d’abus, absence d’usage médical actuellement autorisé, absence de sécurité en particulier hors surveillance médicale…

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L’accès des chercheurs au cannabis est strictement contrôlé, en l’occurrence par le National Institute on Drug Abuse (NIDA) qui fournit de plus des échantillons dans lesquels, l’agent actif le tétrahydrocannabinol ou THC, est à des niveaux de puissance bien en dessous du cannabis médical vendu et utilisé aux États-Unis. Cette non-conformité enlève bien évidemment toute validité de la plupart des recherches cliniques sur les effets du cannabis, positifs ou négatifs pour la santé.

Un paradoxe dans la médecine moderne, car les médecins sont donc autorisé à prescrire dans de nombreux états, des millions de patients l’utilisent, et cet usage médical reste sans fondement scientifique et sans preuves suffisantes sur les résultats patients. Les auteurs parlent donc de « preuves invalides et anecdotiques ».

La conception d’un essai clinique sur les effets du cannabis (chez l’Homme) doit suivre une procédure plus longue et plus complexe que la plupart des essais cliniques sur les médicaments (dépôt de demande Investigational New Drug (IND) auprès de la FDA, Inscription de l’étude, obtention de l’approbation de la Drug Enforcement Agency (DEA) et attente de l’achat du Cannabis sativa à utiliser dans l’étude par le par NIDA. De plus le dépôt d’Investigational New Drug (IND) exige un niveau de spécificité totalement incohérent avec la nature végétale du cannabis, c’est-à-dire la variété des phénotypes naturels accessibles et consommés par les patients. Recevoir l’approbation de la DEA, l’organisation justement en charge de faire respecter les lois et décrets sur les substances contrôlées et notamment les interdictions de possession ou de distribution de cannabis est extrêmement difficile, compte-tenu du fait que l’investigation clinique suppose sa consommation et vise à la recommander dans certaines conditions. Enfin, tous les cannabis « de recherche » doivent être fournis par le NIDA, dont l’objectif est par essence contraire à la recherche puisqu’il est de mettre la science au service de la lutte contre l’abus de drogues et la toxicomanie….Ainsi, les chercheurs savent que le cannabis de recherche est toujours celui fourni par l’Université du Mississippi, avec une limite de puissance déterminée par le gouvernement.

C’est donc le recours à un cannabis unique et « bridé », absolument non représentatif des cannabis trouvés « sur le marché » et réellement utilisés par les dizaines de millions d’usagers américains.

·         Ainsi, le niveau maximum de THC du cannabis fourni par le NIDA est de 12,4%,

·         Les dernières études ont mesuré les effets de Cannabis sativa en utilisant des cannabis « NIDA » ayant des taux de THC compris entre 3,5 et 7%.

·         Une étude présentée par un laboratoire certifié par l’Etat lors du dernier congrès de l’American Chemical Society constate que le taux de THC dans le Cannabis sativa vendu dans le Colorado est compris entre 18,7 et 35%.

Ø  En conclusion, avec des taux si réduits par rapport à la réalité, il y a peu de chance de pouvoir identifier, à la fois des bénéfices thérapeutiques mais aussi les effets secondaires possibles.

 

Le cannabis médical, un agent pharmacologique sûr et efficace, pour la grande majorité des médecins américains :  c’est la conclusion d’un récent sondage mené par le New England Journal of Medicine (Adler & Colbert, 2013). Une position qui prend en compte l’augmentation des taux de morbidité liés à l’abus de médicaments analgésiques et voit dans le cannabis une option alternative capable de soulager, avec moins d’effets secondaires, toute une série de symptômes handicapants.

Les auteurs voient même, dans son usage récréatif, une alternative à l’alcool avec une grand réduction du nombre de décès et de dépenses de santé associées à l’abus d’alcool.

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Source : Santé log

Auteur: Philippe Sérié

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