Il fait la grève de la faim pour obtenir un médicament 28/12/2012

Il fait la grève de la faim pour obtenir un médicament

 

Laurent Puisais atteint de sclérose en plaque demande l’autorisation d’utiliser le cannabis pour soulager ses douleurs.

Laurent Puisais atteint de sclérose en plaque demande l’autorisation d’utiliser le cannabis pour soulager ses douleurs.

La Puye. Depuis 10 ans, Laurent Puisais lutte contre une sclérose en plaque. Depuis 11 jours, il est gréviste de la faim pour pouvoir utiliser un antidouleur.

Laurent Puisais ne sait plus à quelle porte frapper. Dans son petit appartement de 20 m2 qu’il loue dans le village de La Puye, il ronge son frein mais accueille ses visiteurs avec le sourire et d’un « Bienvenu mon ami ! ». Et puis, il raconte paisiblement sa vie, les yeux remplis de larmes.« Je sais ce qu’il va m’arriver mais je regarde mon destin avec bravoure. »

«  Ce médicament apaiserait mes douleurs au moins de 20 %  »

Du courage et de la bravoure, il en a à revendre. Laurent Puisais, qui fêtera ses 50 ans au mois de janvier prochain, souffre d’une cruelle maladie qui éteint son corps petit à petit depuis bientôt 10 ans. « Je suis atteint de sclérose en plaque. Les premiers signes neuromusculaires sont apparus en 1982 alors que je venais de quitter l’armée. Six mois auparavant j’avais reçu une vaccination contre l’hépatite B. Je ne dis pas que ma maladie vient de là car ça a duré 3 à 4 mois et puis, pendant quelques années, je n’ai plus eu de soucis. Ensuite, j’ai commencé à être très fatigué. » 
Perpétuellement épuisé, il décide de consulter un neurologue qui diagnostique une sclérose en plaque. Dure réalité. « J’ai été traité à la cortisone puis avec de la chimiothérapie. J’ai eu aussi une pompe à liorésal. Mais petit à petit, j’ai perdu l’usage de mes jambes et de mon bras droit. »
De plus, les médicaments que Laurent prend actuellement pour le soulager ne lui font pas beaucoup d’effet. « Je sais qu’il existe un traitement à base de cannabis, le Sativex® créé en 2005 utilisé par les Américains et les Anglais. Seul le cannabis est efficace contre les effets de la spasticité, douleur liée à la sclérose en plaque ».

Un combat pour les autres

Il y a quelque temps Laurent a fait une demande d’utilisation de ce traitement auprès du procureur de la République de Poitiers. Les gendarmes ont procédé à un complément d’enquête et un certificat médical a même été ajouté à la demande. « Refusée ! Je me sens prisonnier de ma maladie mais aussi du système. Alors je veux réagir. Si ça n’est pas pour moi ce sera j’espère pour les autres sclérosés. J’ai entamé une grève de la faim et je vous assure que j’irai jusqu’au bout. Pourtant, j’aime la vie mais je ne veux plus souffrir autant. Alors qu’on me donne le droit d’utiliser le traitement qui pourrait me soulager en grande partie. » Laurent Puisais affirme que ce médicament apaiserait au minimum 20 % de ses douleurs. « Ce serait déjà un vrai cadeau du ciel ! »

à savoir

« Pas la compétence du procureur  »

Nicolas Jacquet, procureur de la République à Poitiers, explique que la requête de Laurent Puisais ne relève pas de sa compétence. « Ce n’est pas un problème judiciaire mais médical. L’utilisation ou la prescription d’un médicament dépend du ministère de la Santé ou des élus, il y a une législation en vigueur. La question à se poser est de savoir pourquoi ce médicament n’est pas susceptible d’être prescrit en France. D’autant plus si ce médicament est reconnu comme efficace par les médecins. Dans ce cas présent, si ce monsieur a écrit au parquet, la réponse lui aura été faite en ce sens. Je n’ai pas le pouvoir d’ordonner la délivrance d’un médicament. »

« Il existe d’autres solutions  »

Au centre régional d’étude et traitement de la douleur au CHU de Poitiers, dirigé par le docteur Bakari Diallo, on connaît bien ce type de pathologie et les douleurs neuropathiques qu’elle entraîne. Selon le chef de ce service dédié entièrement à la prise en charge de la douleur, il est toujours bon de se tourner vers un centre pour trouver le bon traitement. Selon lui, si le Sativex® ne fait pas partie de la pharmacopée française, « c’est qu’il existe d’autres médicaments qui font mieux », précisant qu’on ne peut pas encore évaluer les effets délétères de cette substance sur le patient. Par manque de recul mais aussi, affirme-t-il, « parce qu’il existe d’autres solutions plus efficaces. »

Marie-Laure Aveline avec Robert Benoist

Auteur: netprauxprin

Partager cet article :