Témoignage Thomas

Je souhaite témoigner en faveur du bénéfice thérapeutique que m’apporte le cannabis dans ma pathologie, faire avancer les choses et la recherche et bénéficier d’un meilleur suivi médical.

J’aimerai également une ordonnance qui en atteste les bienfaits dans mon cas.

Je consomme du cannabis thérapeutique depuis maintenant 4 ans et je suis lassé de me cacher pour prendre mon médicament, lassé du regards des autres qui n’entendent pas la dimension médicale et enfin, fatigué des moments ou je n’ai plus assez du cannabis que je cultive.

Lorsque je n’en ai plus, mon état de santé dégénère de jours en jours. Cela se finit généralement par un gros mal de tête à cause d’un produit frelaté du dealers du coin de la rue. Ma santé n’est pas un jeu.

 

Je m’apelle Thomas, j’ai 33 ans, un master en ressources humaines et tout à commencé en 2011, au début de mes études. Un soir, j’ai fait une bouffée délirante aiguë …assez aiguë pour finir en hospitalisation d’office pendant 1 mois et demi.

 

Ma vie s’est en quelques sorte arrêté à ce moment là, je suis ressorti de l’hôpital avec de fortes doses de zyprexa…j’ai passé l’année suivante comme un zombie sans émotions, je grossissais à vue d’oeil et je noyais mon chagrin dans l’alcool, l’âme perdue. Un mélange de dépression, de stress , de traumatisme de mon passage à l’hôpital.

 

Je n’étais pas bien suivi médicalement à cette époque et ça m’arrangerait un peu car j’avais un certain écoeurement des psychiatres, on ne m’avait rien expliqué à l’hôpital, juste attaché, enfermé et gavé de tranquillisants. J’en reste encore bousculé aujourd’hui quand j’y repense…

 

En 2012, soit 1 an après, j’ai décidé d’arrêter le zyprexa , je ne supportais plus de me voir grossir comme une vache, mon entourage me trouvais mort socialement, ma mère ne me reconnaissait plus, j’avais perdu ma personnalité… j’allais pas vraiment mieux et personne ne savait ce que j’avais et comment ça allait évoluer ou pas.

Je me rappelle avoir entendu d’un médecin que j’avais 1 chance sur 3 sur l’évolution de ma pathologie : rémission, bipolaire ou schizophrène.

J’ai misé la boîte de zyprexa sur ‘ rémission ‘ et j’ai tourné la roue du destin… de toute façon je n’étais déjà plus rien sous l’effet du neuroleptique.

Je me suis senti super bien pendant les 3 mois qui ont suivi, trop bien même …au point de finir une nouvelle fois aux urgences, mais cette fois, dans une autre ville.

Je ne garde pas de joyeux souvenirs de cette seconde hospitalisation mais les médecins ont posés le bon diagnostic, j’ai ainsi appris que j’étais bipolaire de type I et, au bout d’un mois, je suis ressorti avec une très longue ordonnance.

J’ai longtemps appelé ça des ‘smarties’ tellement il y avait de formes de cachets et de couleurs. Le goût chocolat n’y était pas vraiment mais les effets assez cosmiques et aléatoires.

Je me souviens avoir eu la vue trouble avec le depakote, plus d’érection avec du risperdal, des tremblements, des troubles de l’alimentation…la liste serait longue.

Mon psychiatre de l’époque m’expliquait que c’était normal comme effets secondaires et qu’il fallait rajouter des ‘correcteurs’ et que quand elle aurait équilibré le ‘cocktail’, tout irait mieux.

J’ai respecté mes ordonnances à la lettre pendant plus d’un an et demi et tout empirait… je vomissait de partout les médicaments… j’enchainais les effets secondaires, vertiges, excès de sommeil, sueurs, troubles de l’élocution, mouvements anormaux du visage… j’étais instable et très anxieux.

On a commencé à me prescrire du temesta, j’en suis tombé dépendant … je ne comprenais plus rien à la vie, à moi même …

Je me souviens encore du fameux soir où j’ai vomi pendant une demi heure les 12 cachets de mon ordonnance que je venais d’avaler. J’ai eu comme un instant de lucidité et j’ai compris que mon organisme me disait stop ! Il fallait que je trouve des réponses ailleurs.

 

C’est à ce moment là, que j’ai décidé de me prendre en main et de me soigner autrement. J’ai cherché tout ce que j’ai pu sur internet pendant de longs mois concernant ma maladie, j’ai téléchargé le DSM et le Vidal, changé de psychiatre.

C’est à ce moment là, également en 2014, que j’ai entendu parler de Rick Simpson, puis de Grinspoon (la médecine interdite) qui m’a beaucoup marqué car un psychiatre de Harvard se positionnait en faveur du cannabis, mais bon, je n’étais pas encore bien réceptif à l’époque.

 

Puis, un jour, je suis tombé sur un article de presse qui titrait ‘ un bipolaire soigné au cannabis dispensé de peine hier au tribunal’, il s’agissait de Sébastien Beguerri de l’UFCM.

J’ai dû m’étouffer à ce moment là, ça m’a vraiment laissé perplexe. J’ai également entendu parler de cet ouvrage où est cité le cannabis en psychiatrie : ‘Matière médicale homéopathique psychiatrique’ .( Selden-Haines Talcott , Jean-Pierre Gallavardin Robert Séror). Je n’ai pas pu acheter ce livre faute d’argent mais ça a quand même tourné dans ma tête ; ça faisait maintenant 3 fois que j’avais entendu parler du cannabis comme potentiellement bénéfique en psychiatrie et pour ma pathologie.

C’était en août 2014 et j’ai décidé de sauter le pas, je me suis procuré du cannabis de source sûre (cultivé dans un jardin), j’ai roulé un joint et je l’ai laissé posé 3 jours sur la table de mon salon.

Je n’étais pas très fier de moi et à ce moment là, il y avait 2 solutions : soit ça allait m’aider, soit ça allait aggraver mon cas… ça ressemblait encore une fois à une mauvaise partie de poker. J’étais seul face à moi même.

Je n’étais pas vraiment bien, je me suis dis que de toute façon je ne pouvais plus continuer comme ça avec mes traitements médicamenteux et que j’étais déjà au plus mal physiquement, psychologiquement et socialement.

J’ai pensé très fort que je prenais un risque, je prenais surtout le risque d’aller mieux.

 

J’ai tiré quelques lattes bien espacées, ,puis un peu plus et un peu plus… et j’ai attendu le moment de vérité.

Je crois que je n’avais jamais autant rigolé en l’espace de 15 minutes que toutes ces 3 dernières années cumulées.

C’est sorti d’un coup. Je me suis vu sourire, un peu comme une pause dans la maladie. J’ai retrouvé des émotions que je n’avais plus, que je ne connaissais plus depuis longtemps. Comme si mes pensées devenaient plus claire et lucides, moins assommé de médicaments…

 

J’ai poursuivi l’expérience sur plusieurs jours, semaines, mois.

J’ai continué à étudier le Vidal, cherché des infos sur internet, youtube , les sites américains. J’ai lu le livre du docteur Franjo Grotenhermen et surtout, je me suis débarrassé du Temesta !

 

Ce fut dur et ça a bien duré 4 ou 5 mois mais plus de tremblements, plus d’anxiété, moins de stress et j’étais de bien meilleure humeur.

Avec le temps, j’ai également jeté les régulateurs d’humeurs… je vomissais déjà beaucoup moins et les effets secondaires des médicaments étaient moins violents. Je dormais beaucoup par contre et je tombais de sommeil n’importe où…

J’ai ainsi entamé une baisse des doses de neuroleptique avec mon psychiatre.

Entre 2013 et 2016, je suis passé de 30 mg d’abilify par jour (et autres comprimés) à 15 mg seul.

Avec le temps et en augmentant ma consommation de cannabis, aujourd’hui en 2018, mon psychiatre me prescrit 10 mg d’abilify par jour et je n’en prend que 5 mg depuis 1 an et demi.

(Sachant que 7.5 mg est trop élevé et en dessous de 5 mg, les symptômes reviennent).

Je le consulte régulièrement tous les 2 mois et sur le dernier certificat médical il indique symptômes résiduels négatifs et perspective d’évolution stable.

 

Je n’aborde pas le sujet du cannabis avec lui car je sais qu’il n’y ai pas favorable.

Pour moi les résultats sont là et incontestables, je ne suis pas retourné à l’hôpital depuis 5 ans, je suis passé de 12 cachets par jour à un 1/2 et tous les professionnels que je rencontre me trouve plutôt en forme pour un bipolaire. Je reste néanmoins malade et conscient de ma maladie, j’ai toujours les symptômes de la bipolarité mais beaucoup plus atténués qu’avant, le cannabis m’a énormément aidé et surtout je n’ai plus d’effets secondaires horribles. J’ai toujours du mal à réguler mon poids par contre mais je suis beaucoup moins gonflé qu’avant.

 

Le problème étant désormais la reconnaissance et l’accès au traitement, je ne produit pas assez de cannabis par rapport à ma consommation. Elle varie en fonction de mes humeurs mais il me faut environ 3 g par jours, parfois un peu plus. Tout dépend de la variété également, indica ou sativa…

J’ai aussi essayé le cbd seul qui est plus accessible depuis peu, cela me détend mais n’agit pas sur l’humeur contrairement au cannabis avec thc.

Je pense également que la plante agit en synergie à l’état où la nature nous l’a donné, je réagis notamment bien aux variétés type white widows.

Lorsque que je n’ai plus de cannabis, je sombre de jour en jour dans la maladie. En moins de 3 jours, je suis “rétamé” , les symptômes ressurgissent et c’est la valse des émotions.

Des fois , je ne suis même plus en état d’aller trouver un dealer , je suis obligé d’augmenter la dose de neuroleptique et je redeviens stressé, anxieux et déprimé.

Je fabrique depuis peu également de l’huile de cannabis (recette de Wernard Bruining) avec le cannolator ( alcool à 95°, évaporation et dilution à l’huile d’olive ). J’ai commencé les essais et c’est prometteur et beaucoup plus sain que de fumer.

Je sais également qu’il y a des études en cours aux Etats-Unis et Canada sur le cannabis et la bipolarité; quelques témoignages d’Américains sur youtube. En tous cas, personnellement, ça me réussit.

 

Aujourd’hui, je revendique le droit d’aller mieux et le droit d’accès au cannabis qui améliore considérablement mon état de santé là où la médecine chimique a échoué. J’espère trouver une oreille attentive au sein de votre association, faire avancer les choses, bénéficier d’un meilleur suivi médical et pourquoi pas inspirer d’autres patients.

J’ai gardé toutes mes ordonnances et preuves utiles en ma possession.

 

alla ( aller de l’avant) comme disait soeur Emmanuelle.

Auteur: Philippe Sérié

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