L’herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition des drogues et l’Inquisition par Alessandro Stella préface Anne Coppel

L’herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition des drogues et l’Inquisition par Alessandro Stella
préface Anne Coppel. Editions Divergences, 2019

 

Une enquête historique sur la prohibition du peyotl en 1620 au Mexique : où l’on découvre les racines de la prohibition des drogues en Occident, une entreprise religieuse menée par les Inquisiteurs pour conquérir les âmes des Amérindiens. Lutter contre le paganisme au nom de la religion révélée, interdire “les fêtes barbares” où le peyotl était consommé, condamner les plaisirs de la chair, la musique, les danses, les déviations sexuelles.

Un éclairage saisissant sur les liens étroits entre la colonisation et la prohibition des drogues, qui accompagne la conquête par les armes par la conquête des esprits et qui curieusement a eu les mêmes effets que la prohibition actuelle en sanctionnant essentiellement les plus démunis de cette nouvelle société engendrée par la colonisation : les métis, les Mulâtres, les noirs et les femmes, surtout lorsqu’elles n’étaient plus soumises à l’autorité d’un père ou d’un mari…

Ou l’on découvre aussi que la prohibition du peyotl s’est accompagnée de la prohibition de toutes les plantes magiques dont la rosa maria, l’ancêtre de la marijuana,sans doute importée des Indes par les marins. Au-delà de la concurrence des monde magiques, le monopole du commerce l’emporte déjà sur le monopole religieux. La coca, portant divinisée dans des cultes religieux, a échappé la prohibition : elle était nécessaire à l’exploitation des Indiens dans les mines.

Voilà la présentation par l’éditeur :

Le peyotl, appelé « la chair des dieux » par les peuples indigènes mexicains, est une plante psychotrope emblématique, employée entre autres pour soigner et consommée durant les fêtes. Mais les colonisateurs européens et missionnaires chrétiens qui n’y virent qu’une plante « maléfique », la rebaptisèrent « herbe du diable » et prononcèrent son interdiction. Cependant, malgré l’interdit et la répression, le peyotl continua d’être consommé durant la période coloniale et jusqu’à nos jours.
L’auteur questionne les usages de psychotropes et leur prohibition, la « guerre à la drogue » comme guerre aux « drogués », l’histoire d’une guerre « morale » contre les minorités racisées.

Auteur: Philippe Sérié

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