Un pneumologue préconise une stratégie de réduction des risques pour le cannabis

PARIS, 14 janvier 2016 (dépêche APM) ­ La lutte contre le cannabis en France doit être abordée dans une stratégie de RÉDUCTION DES RISQUES pour être plus efficace, selon le Pr Bertrand Dautzenberg de l’hôpital de la Pitié-­Salpêtrière (Paris, AP­HP), qui préconise notamment une consommation sans tabac et sans fumée.

 

“La France est la championne d’Europe de la consommation de cannabis et en plus, de la forme la plus ‘sale’, la résine”, a rappelé le pneumologue, jeudi lors de la conférence de presse de présentation du Congrès de pneumologie de langue française (CPLF), qui se tient à Lille du vendredi 29 au dimanche 31 janvier.

 

Outre ses effets sur le cerveau, le cannabis a de nombreux effets respiratoires, qui sont toutefois difficiles à dissocier du tabac, consommé le plus souvent de manière concomitante. Le cannabis fumé irrite les grosses bronches, provoquant toux, bronchites chroniques, expectorations, gêne respiratoire, et favorise les infections respiratoires en diminuant les défenses immunitaires du système respiratoire.

 

Des données suggèrent également des risques d’emphysème, de pneumothorax et de cancer du poumon avec le cannabis, mais le lien direct reste difficile à établir en raison de cette co-exposition à la fumée de tabac.

 

“Les pneumologues peuvent agir sur cette consommation, en particulier lorsqu’il s’agit de prévenir des rechutes au tabac chez des personnes sevrées de leur cigarette. La prise d’un joint le week-­end est une source majeure de reprise tabagique car l’addiction à la nicotine chez les anciens fumeurs est bien plus forte que l’addiction au THC [tétrahydrocannabinol]”, a souligné le Pr Dautzenberg.

 

“La question du mode de consommation du cannabis dans le cadre d’une stratégie de réduction des risques doit être clairement ouverte en France”, a-­t­il estimé, faisant valoir que la loi de 1970 sur les stupéfiants, très répressive, n’a pas empêché de réduire la consommation de ce produit. Au contraire, elle a augmenté de 20% depuis 1991. Le pneumologue formule trois objectifs, qui sont des “pis-­aller” pour réduire le risque de troubles respiratoires et de dépendance nicotinique.

 

“Le premier objectif est de supprimer le tabac dans les joints. Pour cela, il est possible de proposer, en particulier à un ancien fumeur de cigarettes, de ne consommer que de l’herbe, les feuilles de cannabis, ou de remplacer le tabac par des plantes à fumer pour éviter la dépendance nicotinique.” Ces “plantes à fumer” sont définies dans la directive européenne “tabac” de 2014 comme des produits “à base de végétaux, de plantes aromatiques ou de fruits ne contenant pas de tabac et pouvant être consommés au moyen d’un processus de combustion”. Sur le plan respiratoire, ces produits sont mauvais et comporteront un avertissement sanitaire sur leur emballage mais n’entretiennent pas la dépendance nicotinique, a expliqué le Pr Dautzenberg.

 

“L’objectif n°2 est de supprimer la fumée en utilisant, par exemple, des systèmes de vaporisation”, qui sont toutefois peu connus en France puisque c’est le cannabis sous forme de résine qui est le plus répandu. Il existe aussi “des petits vaporisateurs qui se rapprochent des cigarettes électroniques” mais le pneumologue ne les recommande pas, leurs effets étant encore mal connus. “Les risques pulmonaires sont a priori bien moindres qu’avec les joints, bien que la température de chauffe de l’ordre de 210°C n’élimine pas toute combustion, contrairement aux e-­cigarettes.”

 

Enfin, le troisième objectif est de faire régresser la consommation la plus dangereuse et, pour le Pr Dautzenberg, “il faut sortir de la loi de 1970”. La consommation de cannabis continue à augmenter (environ la moitié des jeunes l’expérimentent) et, selon l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT), 1,4 million de Français en consomment régulièrement et 4,6 millions occasionnellement, a-­t-­il fait valoir. Le pneumologue a plaidé en faveur de la légalisation de l’usage récréatif du cannabis, faisant valoir que dans les Etats américains, environ la moitié de la consommation de cannabis se fait sous forme vaporisée, avec des produits contrôlés. “La légalisation, c’est aussi moins d’accidents, moins de criminalité et plus de taxes pour l’Etat”, a-­t-­il estimé.

 

Il a par ailleurs souligné les dangers des cannabinoïdes de synthèse vendus sur internet. Les préconisations présentées par le Pr Dautzenberg seront discutées lors d’une session au CPLF pour éventuellement les formaliser.

 

Source : Revue Le flyer – Newsletter Janvier 2016 – n° 2

 

Auteur: Philippe Sérié

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