
Le « problème » du cannabis médical en Allemagne ? Son efficacité. Les prix ont chuté. Le nombre d’ordonnances a explosé
En décembre 2025, les prescriptions de cannabis médical en Allemagne avaient augmenté de plus de 3 300 % par rapport à mars 2024, dernier mois avant que le cannabis ne soit retiré de la liste des stupéfiants et reclassé comme médicament non narcotique. Ce changement a simplifié la prescription, facilité le recours à la télémédecine et contribué à normaliser l’utilisation du cannabis comme traitement réglementé.
Ce même changement a également déclenché une réaction familière : des accusations publiques de « mauvais usage » ont commencé à circuler. Des projets de politiques ont émergé, suggérant des restrictions sur la télémédecine et la distribution. Un nouveau Baromètre du cannabis : Revue annuelle 2025 du Bloomwell Group affirme que ces craintes ne sont pas fondées et qu’un accès plus restreint pourrait inciter les patients à se tourner vers des options plus risquées et illégales.
L’analyse repose sur un examen anonymisé des ordonnances exécutées par des patients payant eux-mêmes leurs médicaments via une plateforme numérique dans des pharmacies partenaires à travers l’Allemagne entre janvier 2024 et décembre 2025. Le rapport note que les données de décembre 2025 sont extrapolées et pourraient différer légèrement ultérieurement.
Les prescriptions ont explosé, et il ne s’agissait pas d’une hausse ponctuelle sur un seul mois.
Le rapport indique que le volume des prescriptions a atteint un niveau record en décembre 2025. Par rapport à mars 2024, les prescriptions ont augmenté de plus de 3 300 %.
L’étude souligne également que la demande semblait soutenue et non pas passagère. Dès le premier trimestre 2025, le volume mensuel de prescriptions était déjà près de 1 000 % supérieur à celui de mars 2024, selon l’analyse.
L’explication du rapport est simple. Cette croissance reflète un accès simplifié aux soins légitimes suite à la reclassification, ainsi que les services de télémédecine qui ont facilité l’obtention d’une ordonnance légale et son renouvellement en pharmacie.
Les prix ont baissé tandis que le choix de produits s’est élargi.
Si l’on s’en tenait à la croissance des prescriptions, le phénomène serait déjà remarquable. Les données relatives aux prix et à l’offre rendent toutefois la situation plus difficile à ignorer.
Le rapport indique que le prix moyen par gramme de fleurs de cannabis médical est passé de 8,33 € en janvier 2025 à 5,23 € en décembre 2025, soit une baisse de plus de 3 € sur l’année.
Durant la même période, la disponibilité des produits a augmenté. Le nombre de produits à base de fleurs de cannabis disponibles est passé de 468 à 724, selon le rapport.
Le rapport décrit également une évolution du marché vers des options moins coûteuses. Fin 2025, les fleurs vendues à moins de 6 € le gramme représentaient près de 80 % de l’offre. Il ajoute que l’accès numérique étant devenu suffisamment performant, le coût total mensuel des traitements pour de nombreux patients se situe généralement entre 30 et 50 €.
Le discours sur le « mésusage » ne résiste pas à l’épreuve des définitions cliniques.
Le rapport réfute catégoriquement l’idée selon laquelle une augmentation des prescriptions implique automatiquement un abus. Il évalue les allégations de mésusage au regard des normes médicales internationalement reconnues, notamment les critères de la CIM-10 et du DSM-5, qui mettent l’accent sur les préjudices mesurables, l’altération de la santé, la diminution de la qualité de vie et la dépendance aux substances.
À partir de ce constat, le rapport conclut que les allégations d’abus généralisé sont infondées. L’augmentation du nombre de prescriptions et des volumes d’importation, à elle seule, ne correspond pas aux définitions cliniques reconnues de l’abus.
Le rapport indique également qu’il n’existe aucune preuve d’une augmentation de la consommation problématique ou quasi quotidienne, des hospitalisations liées au cannabis ou des troubles de santé mentale suite au retrait du cannabis de la liste des stupéfiants.
Un piège politique : restreindre l’accès, développer le marché parallèle
Le rapport met en garde contre des problèmes à la fois pratiques et politiques. Il souligne que restreindre la télémédecine ou limiter l’accès numérique créerait des obstacles pour les patients, d’autant plus que seul un nombre restreint de pharmacies se spécialisent dans le cannabis et proposent un large choix de variétés. Dans ces conditions, suggère le rapport, limiter les possibilités de télémédecine pourrait contraindre des centaines de milliers de patients à se tourner vers des sources illégales et rendre l’accès aux traitements médicalement encadrés plus difficile à l’échelle nationale.
Le Dr Julian Wichmann, cofondateur et PDG de Bloomwell GmbH, affirme que la télémédecine pour le cannabis n’a pas entraîné d’augmentation significative du nombre total de consommateurs. Selon lui, de nombreux patients pratiquaient déjà l’automédication sans suivi médical malgré des problèmes de santé légitimes, et la simplification du processus de prescription a facilité leur accès légal et réglementé au cannabis.
Niklas Kouparanis, cofondateur et PDG de Bloomwell Group, présente la thérapie numérique au cannabis comme un modèle de soins de santé rentables. Il critique les tentatives de démantèlement des processus numériques qu’il juge largement acceptés et efficaces, arguant que cela nuirait à l’accès des patients aux soins et irait à l’encontre des objectifs plus larges de la numérisation des soins de santé.
Ce que dit réellement le rapport
Le chiffre le plus frappant est 3 300 %. Le point moins mis en avant est celui auquel le rapport revient sans cesse.
Le système allemand de cannabis médical s’est simplifié, accéléré et normalisé. Le marché a réagi par une hausse des prescriptions, une baisse des prix et un choix de produits plus large. Le rapport indique par ailleurs que les craintes liées à un usage détourné ne se sont pas concrétisées dans les résultats analysés selon des critères médicaux reconnus.
De son point de vue, le risque actuel est un revirement brutal de la politique. Si l’accès est restreint au nom d’un hypothétique mésusage, les patients ne disparaissent pas. Ils se tournent vers d’autres solutions. Le rapport souligne que le restreindre pourrait pousser les patients vers le marché illégal et engendrer des préjudices évitables.
Publié le 13/01/2026







