Le Sativex, premier médicament au cannabis autorisé : satisfaction et consternation

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 Une boîte de Sativex – GWPharmaceuticals/AP/Sipa

Le Sativex, un spray sublingual de cannabinoïdes, vient d’obtenir son autorisation de mise sur le marché (AMM) en vue d’une commercialisation en 2015. Il sera exclusivement réservé au traitement symptomatique de la spasticité (contractures) liée à la sclérose en plaques résistante aux autres traitements des patients adultes.

Le ministère de la Santé s’empresse de préciser qu’« Il ne s’agit pas de légalisation du cannabis thérapeutique ». Un peu quand même, mais c’est vraiment insuffisant. De 2 000 à 5 000 patients seront concernés, cela ne représente qu’une infime partie des malades pouvant espérer un bénéfice thérapeutique majeur de l’usage de cannabis.

Victoire face à l’obscurantisme

La réintroduction du cannabis dans la pharmacopée française, même par la petite porte, est une reconnaissance indéniable du combat mené par une poignée de militants. Fabienne Lopez, présidente de l’association Principes actifs, a longtemps affronté un fort scepticisme, y compris chez certains anti-prohibitionnistes :

« Quand j’ai commencé à évoquer le cannabis thérapeutique, la grande majorité des mes interlocuteurs doutait fortement et me rétorquait souvent que c’était un leurre pour justifier ma consommation de drogue.

J’ai dû me justifier sur ses effets réels sur mes pathologies, notamment grâce aux médicaments que j’ai progressivement arrêtés en accord avec mon médecin. »

Jean-Pierre Galland, fondateur du Circ, se souvient :

« C’est le traitement des effets secondaires des chimiothérapies et des trithérapies qui a d’abord attiré notre attention. Nous recevions des courriers de seniors, bien loins du joint, cherchant désespérément de l’herbe, soit sur les conseils de leur médecin, soit après une expérimentation positive grâce à des amis.

Beaucoup de malades sont contraints à l’autoproduction. En l’état, l’AMM du Sativex ne change presque rien à la clandestinité inacceptable de cette médecine efficace. »

Seulement pour la SEP ?

« Les patients s’informent beaucoup sur Internet », explique Fabienne Lopez, « il n’est donc plus possible de cacher les centaines d’études cliniques et d’expérimentations positives menées à l’étranger sur des dizaines de pathologies » :

« La légalisation du cannabis médical dans de nombreux pays génère un fort sentiment d’injustice parmi les patients français. Le décret de juin 2013 avait suscité un petit espoir et l’AMM hyper-restrictive du Sativex est une cruelle déception.

Les usagers thérapeutiques d’autres maladies que la SEP sont en colère. »

Comment expliquer que je puisse obtenir du cannabis pour traiter mes contractures et mes crampes liées aux séquelles de l’opération d’une hernie discale aux USA, au Canada, en Israël ou au Pays-Bas et pas en France ? Pourquoi les contractures de la SEP et pas les miennes ?

En 2009, lors d’une conférence organisée sur ce thème par Asud, j’avais présenté le témoignage de ma maman, qui avait contré les effets secondaires d’une chimiothérapie grâce à une teinture de cannabis. Le Sativex est déjà autorisé pour cette indication dans certains pays.

Quand le Sativex ne fonctionne pas

Dominique Broc, porte-parole des Amis du CSCF, est aussi un témoin avisé de ce phénomène :

« Dans l’aventure des Cannabis social clubs, j’ai rencontré de nombreux usagers thérapeutiques qui souhaitent intégrer des clubs afin de garantir leur approvisionnement en médicament de qualité régulière. Dans mon club, une adhérente est atteinte de sclérose en plaques.

Elle a déjà essayé le Sativex et n’a pas été satisfaite par rapport à la vaporisation d’une variété médicale de fleurs de cannabis. Un seul produit ne couvrira jamais tous les effets recherchés dans la plante et ses multiples dérivés. Le Sativex n’est donc pas une panacée cannabique comme l’explique Mario Lap et le Docteur Bertrand Lebeau :

« Le Sativex est un spray sublingual composé d’alcool et de deux extraits de cannabis : le THC (2.7mg par spray) et le CBD (2.5mg par spray). […] De nombreux patients ne supportent pas l’alcool même à petite dose (allergiques, anciens alcooliques. […] Il manque dans la formulation de nombreux cannabinoïdes, y compris des terpénoïdes et des flavonoïdes essentiels dans les traitements. »

Du cannabis médical aussi pour les enfants

Lola a 10 ans. Elle est atteinte du syndrome de Dravet aussi appelé « épilepsie myoclonique sévère du nourrisson » (EMSN). Sandrine Simmini réclame de l’Epidiolex, ce médicament composé à 98% de cannabidiol (CBD) pourrait soulager sa fille Lola. Le CBD n’est pas un psychotrope et il ne provoque pas d’addiction.

Il est aussi très efficace comme anti-inflammatoire et dans de nombreuses autres applications (voir illustration). Elle a écrit à François Hollande pour demander son intervention urgente. « Dans peu de temps, si rien n’évolue, je m’en procurerai illégalement. Pour voir ma fille aller mieux. »


actions pharmacologiques des cannabinoïdes non-psychotropes

Comment peut-on par simple calcul politicien continuer à ignorer la détresse des parents et la souffrance des patients ? La peur du procès en permissivité soixante-huitarde ne devrait plus s’appliquer au cannabis médical. C’est au contraire un sujet idéal pour démontrer son humanisme et son courage politique.

L’utilisation médicale doit s’appuyer sur cette AMM du Sativex pour s’étendre à d’autres pathologies et d’autres produits pharmaceutiques à base de cannabis. Il convient de tester ses applications médicales sur toutes maladies où son efficacité est reconnue dans d’autres pays. La recherche doit aussi évaluer les différentes formes galéniques des médicaments déjà officiellement sur le marché européen par rapport aux produits utilisés en automédication.

Laurent Appel
Journaliste (ASUD)

Source : Blog rue 89

 

Auteur: netprauxprin

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