Situation actuelle du cannabis médical au Royaume-Uni

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Sept ans après la requalification du cannabis en usage médical, Jon Robson, PDG de Mamedica, dresse un panorama clair et pratique de ses applications thérapeutiques, des obstacles persistants pour les patients, du cadre réglementaire britannique actuel, des défis rencontrés par les cliniciens et des perspectives d’évolution du marché.

Au Royaume-Uni, on estime qu’environ 100 000 personnes ont désormais accès au cannabis médical, légalement appelé produits à base de cannabis à usage médical (PBUM), prescrit par un médecin spécialiste. Ce traitement s’inscrit pleinement dans un cadre médical et est distinct du marché du CBD en vente libre ou du marché récréatif.

L’accès au cannabis médical au Royaume-Uni

À mesure que le nombre de patients augmente, notre compréhension des avantages du cannabis médical par rapport aux traitements traditionnels s’affine. Nous constatons des bénéfices concrets et tangibles pour de nombreuses personnes souffrant de douleurs chroniques, d’anxiété, de TDAH, de dépression, d’insomnie et de stress post-traumatique.

Alors pourquoi l’accès reste-t-il difficile ?

Les prescriptions du NHS restent extrêmement rares et se limitent à un petit nombre de pathologies, ce qui signifie que la plupart des patients se tournent vers les cliniques privées pour se faire soigner. Dans ces structures, les médecins peuvent prescrire pour un éventail beaucoup plus large d’affections, mais doivent néanmoins respecter des directives cliniques strictes : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ne peuvent être prescrites qu’après l’échec d’au moins deux traitements conventionnels, et en l’absence d’antécédents de schizophrénie ou de psychose. Pour les personnes qui ont eu recours à l’automédication via le marché noir et qui ont eu peu ou pas de contact avec leur médecin traitant, satisfaire à ces critères et s’orienter dans ce processus peut s’avérer particulièrement difficile.

Les prestataires de services ont investi massivement dans des campagnes de sensibilisation à la conformité et dans des technologies qui ont considérablement amélioré l’expérience des patients, entraînant la plus forte croissance jamais enregistrée dans le secteur. Pourtant, la sensibilisation du grand public reste extrêmement faible et la reconnaissance du NHS demeure minime.

Un autre obstacle pratique persiste. Nombre de médecins inscrits au registre des spécialistes ont reçu une formation formelle limitée en médecines complémentaires et alternatives, ce qui signifie que l’intégration de nouveaux spécialistes dans ce domaine nécessite généralement une période de transition de huit semaines. Le secteur a encore beaucoup à faire pour rendre la formation simple, cohérente et largement accessible.

Pour envisager l’avenir, il est utile de se pencher sur le passé. Le Royaume-Uni a reclassé le cannabis en novembre 2018, créant un cadre légal et encadré par des spécialistes pour y accéder. Au début, les patients devaient consulter en personne, les coûts d’accès étaient élevés, la qualité des produits était inégale et onéreuse, et l’expérience globale des patients était médiocre, ce qui rendait la fidélisation des patients extrêmement difficile.

Sept ans plus tard, le système a bien changé. Les patients peuvent désormais consulter des opérateurs de télémédecine qui ont simplifié les procédures d’obtention des dossiers médicaux. L’inscription est beaucoup plus rapide, les coûts d’accès ont considérablement baissé et la qualité des produits s’est nettement améliorée. Surtout, le prix du cannabis médical est comparable, voire souvent inférieur, à celui du marché illicite.

L’intérêt politique pour le cannabis médical s’est accru en 2025, avec des débats au Parlement et la mise en place par le gouvernement d’un comité consultatif sur l’abus de drogues chargé de réviser le cadre réglementaire en vigueur. Toutefois, l’accès des patients au cannabis médical au quotidien n’a pas progressé de manière significative, la prescription électronique restant indisponible et les médecins généralistes toujours dans l’incapacité de prescrire ce médicament.

La stigmatisation autour du cannabis médical

Les patients continuent de faire face à des difficultés quotidiennes. De nombreux employeurs ne savent pas comment gérer les employés qui consomment légitimement du cannabis à usage médical, et certains patients subissent encore
des situations délicates dans les lieux publics en raison de préjugés, notamment avec les forces de l’ordre. La stigmatisation persiste également. Ces tensions peuvent être atténuées en fournissant aux patients des conseils clairs et pratiques : quels documents emporter, comment présenter leur ordonnance et qui contacter en cas de problème. Ce cadre simple permet aux patients de se sentir en confiance et protégés, et nous souhaitons vivement qu’il soit plus largement adopté dans le secteur.

Les signaux politiques envoyés sont également contradictoires. D’un côté, les évaluations nationales et la formation professionnelle vont dans le bon sens : un système plus serein, plus clair et plus cohérent pour les patients éligibles. De l’autre, des discours comme celui qui réclament des contrôles d’identité plus stricts fondés sur la simple « odeur de cannabis » risquent de marginaliser davantage les patients légitimes. Nous devrions dissiper la confusion et la stigmatisation dont souffrent déjà les personnes confrontées à des problèmes de santé complexes, et non les aggraver.

À quoi ressemblerait le « mieux » en pratique, et pas seulement en théorie ?

Il faut d’abord simplifier et harmoniser le parcours de soins. L’éligibilité doit rester du ressort des spécialistes et la gouvernance clinique doit demeurer rigoureuse, mais les procédures de base doivent être rationalisées. Un accès facilité aux dossiers médicaux, la prescription électronique et des plateformes numériques automatisées permettraient d’éviter que des patients éligibles ne soient perdus dans les méandres de la paperasserie.

Deuxièmement, il est impératif de rehausser les exigences de qualité. Les recommandations du GPhC relatives à la pharmacie, déjà en discussion, devraient être appliquées de manière systématique, notamment en ce qui concerne la clarté des informations sur les produits, la traçabilité des lots et un contrôle clinique rigoureux. Ceci garantirait que patients, prescripteurs et pharmaciens travaillent selon les mêmes normes partout.

Troisièmement, nous devons soutenir les prescripteurs par une formation pratique. Les médecins du NHS ont besoin d’outils utilisables en situation réelle, tels que des recommandations posologiques, l’équivalence des produits, des exemples de cas et un suivi de la sécurité. La participation aux registres de résultats devrait devenir la norme. Plus nous recueillerons de données spécifiques au Royaume-Uni, plus la confiance et la crédibilité se développeront rapidement.

Quatrièmement, nous devons faciliter le quotidien des patients. Des conseils simples et accessibles concernant les déplacements, le lieu de travail et la présentation des ordonnances, ainsi que des politiques claires que les employeurs peuvent adopter, permettront de réduire la stigmatisation, d’éviter les conflits inutiles et de favoriser le maintien en emploi.

Enfin, il est essentiel de faire preuve de transparence quant aux bénéfices et aux limites du traitement. Qu’il s’agisse de douleurs chroniques, de troubles gastro-intestinaux, d’affections neurologiques ou d’un large éventail de troubles psychiatriques, le cannabis médical, lorsqu’il est prescrit à bon escient, repose sur des fondements thérapeutiques solides et en constante expansion. Une prescription responsable et des attentes claires protègent les patients et renforcent la crédibilité à long terme de l’ensemble du secteur.

Perspectives d’avenir : Transformer la demande des patients en valeur économique réglementée

La transition des patients du marché illégal du cannabis vers le cadre médical réglementé présente des avantages économiques indéniables. Le marché illicite du cannabis au Royaume-Uni est estimé à près de 9 milliards de livres sterling par an. Transférer ne serait-ce qu’une fraction de cette activité vers un système légal et médicalement encadré permettrait d’alimenter les recettes fiscales et d’alléger la pression répressive. Selon une modélisation, le Trésor public pourrait ainsi engranger jusqu’à 1,5 milliard de livres sterling par an grâce à la TVA, l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu et la réduction des coûts liés à la justice pénale.

Un secteur du cannabis médical réglementé crée également des emplois dans les domaines de la culture, de la fabrication, des cliniques, des pharmacies, de la distribution, de la logistique et des services de soutien aux patients. Il s’agit d’emplois formels et imposables qui dynamisent les économies régionales, contrairement au marché noir. L’amélioration de la santé des patients amplifie cet impact, car les personnes souffrant de douleurs chroniques, d’insomnie ou d’anxiété sont plus susceptibles de conserver leur emploi ou de le reprendre.

Concrètement, orienter les patients vers un marché médical sûr et légal permet de réorienter les fonds vers des secteurs productifs de l’économie, de réduire la pression sur le NHS et les forces de l’ordre, et de renforcer la participation économique des ménages et des régions.

La voie à suivre est claire : augmentation du nombre de patients, données plus fiables, débats politiques plus éclairés et distinction plus nette entre les marchés du cannabis médical et récréatif. Il nous faut désormais une approche cohérente, à la hauteur de la demande. Si nous parvenons à maîtriser les fondamentaux – qualité des soins, formation, parcours de soins simplifiés et conseils cliniques pratiques – nous pourrons aider les patients légitimes à se sentir mieux, à améliorer leur fonctionnement et à vivre pleinement, tout en réduisant la stigmatisation et les obstacles inutiles.

Source : https://www.openaccessgovernment.org/current-status-of-medical-cannabis-in-the-uk/202104/

Publié le 02/03/2026

Auteur: Principes Actifs 1

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