
Une étude Norstat révèle que 92 % des Français sont favorables au cannabis thérapeutique, avec des conditions claires d’encadrement médical. Pourtant, le cadre réglementaire français reste au point mort.
Rarement un sujet de santé aura suscité un tel consensus dans l’opinion publique. C’est ce que révèle l’étude menée les 13 et 14 avril 2026 par Norstat pour l’association de patients APAISER S&C, auprès d’un échantillon représentatif de 1 004 Français. Avec une très large majorité de Français favorables à son autorisation, le cannabis thérapeutique semble avoir déjà gagné la bataille des mentalités. Pourtant, sur le plan politique et réglementaire, les avancées restent timides, révélant un décalage croissant entre attentes citoyennes et décisions publiques.
Commandée par APAISER S&C, association engagée depuis plus de vingt ans auprès de patients atteints de pathologies médullaires rares et de douleurs chroniques sévères, cette étude visait à objectiver un ressenti partagé sur le terrain : celui d’une évolution rapide des mentalités, en contraste avec la lenteur des décisions publiques. Les résultats viennent confirmer cette intuition avec une netteté rare.
Le débat sur le cannabis thérapeutique souffre depuis des années d’un présupposé tenace : celui d’une opinion publique mal informée, incapable de distinguer usage médical et consommation récréative. Les données contredisent ce postulat. 90 % des Français déclarent connaître l’existence du cannabis thérapeutique et comprendre son usage distinct du cannabis récréatif. La pédagogie a été faite, par les associations de patients, par les médias, par les expériences menées à l’étranger. Le grand public a intégré la nuance que certains décideurs peinent encore à formuler.
Ce niveau de connaissance est le socle sur lequel repose l’adhésion massive enregistrée par l’étude. Les 92 % de Français favorables à l’autorisation ne répondent pas par réflexe ou par ignorance : ils répondent en connaissance de cause, avec une compréhension claire des enjeux médicaux et des conditions d’encadrement nécessaires.
Une adhésion large, pas un blanc-seing
Le sondage affine le tableau. Parmi les 92 % favorables, 72 % souhaitent une autorisation pour toutes les indications dont l’efficacité est scientifiquement démontrée. 20 % conditionnent leur soutien aux pathologies graves ou aux situations d’impasse thérapeutique. L’opinion pose des conditions, elle ancre sa position dans la science. C’est une demande de régulation, non pas de libéralisation.
Ce point est essentiel : il traduit une attente structurée, qui s’inscrit dans une logique de santé publique. Loin d’un soutien indistinct, les Français expriment une volonté d’intégration du cannabis thérapeutique dans un cadre médical strict, avec des indications définies, un suivi des patients et une évaluation continue.
« Ce que ce sondage mesure, c’est une maturité collective. Les Français ne demandent pas un accès libre au cannabis. Ils demandent que la médecine puisse s’en saisir là où elle en a besoin », observe Raphaël Clave, directeur de Norstat.
Une opportunité médicale concrète pour améliorer la prise en charge
L’introduction du cannabis thérapeutique en France s’inscrit dans une logique d’amélioration de la prise en charge des patients, en particulier dans des situations où les options actuelles montrent leurs limites. Les travaux scientifiques disponibles, ainsi que les retours d’expérience des pays ayant déjà structuré un accès médical, mettent en évidence des bénéfices dans certaines indications ciblées : douleurs neuropathiques résistantes, spasticité liée à des pathologies neurologiques, épilepsies sévères ou effets secondaires de certains traitements lourds.
Dans ces contextes, le cannabis thérapeutique ne se substitue pas aux traitements existants mais les complète. Son intérêt réside dans sa capacité à offrir une réponse supplémentaire, encadrée, adaptée à des profils de patients pour lesquels les stratégies conventionnelles ne suffisent pas. Introduire cette option dans un cadre médical strict permettrait non seulement de sécuriser les usages, mais aussi de mieux suivre les patients, d’objectiver les bénéfices et d’intégrer cette thérapeutique dans une démarche globale de soin.
Au-delà de l’enjeu thérapeutique, cette intégration permettrait également de mieux encadrer des usages qui existent déjà de manière informelle, en les réinscrivant dans un parcours de soins sécurisé et supervisé par les professionnels de santé.
APAISER S&C : la voix de patients trop longtemps inaudibles
C’est l’association APAISER S&C qui a commandé cette étude. Fondée en 2000, reconnue d’intérêt général, elle accompagne les personnes atteintes de syringomyélie, de malformation de Chiari et de pathologies médullaires rares, des maladies chroniques douloureuses, pour lesquelles les options thérapeutiques conventionnelles sont souvent insuffisantes. Seule structure dédiée à ces pathologies en France, elle répond à plus de 600 sollicitations par an et consacre plus de 50 % de ses ressources à la recherche.
À travers cette étude, l’association poursuit un objectif clair : documenter les attentes des Français et porter dans le débat public la réalité vécue par les patients. Une réalité faite de parcours longs, d’essais thérapeutiques multiples et, souvent, d’une recherche constante de solutions pour améliorer la qualité de vie.
« Nos patients ont tout essayé. Les antalgiques, les opioïdes, les protocoles lourds. Beaucoup arrivent à une impasse. Ce sondage dit à voix haute ce que chacun d’eux vit dans le silence : la société française est prête. C’est aux décideurs de l’être aussi », déclare Mado Gilanton, présidente d’APAISER S&C.
Le décalage politique devient indéfendable
La France a lancé une expérimentation sur le cannabis médical en 2021. Elle a été prolongée. Puis le dossier s’est enlisé. Pendant ce temps, l’Allemagne a ouvert l’accès sur prescription, les Pays-Bas régulent depuis plus de vingt ans, une vingtaine de pays européens ont franchi le pas. La France reste en retrait, au nom d’une prudence que 82 % des Français jugent désormais problématique.
Ce décalage s’inscrit désormais dans la durée et alimente une attente de clarification. Les données scientifiques progressent, les expériences étrangères s’accumulent, et l’opinion publique s’est structurée autour d’une position cohérente. À 92 %, le débat d’opinion est clos. Il reste le débat politique.







