
Cinq ans après le lancement de l’expérimentation, l’ANSM partage le rapport de janvier sur l’usage médical du cannabis en France, afin de dessiner les contours d’une généralisation qui pourrait intervenir courant 2026.
Lancée en mars 2021, l’expérimentation française du cannabis médical a concerné près de 3 000 patients souffrant de pathologies graves. Initialement prévue pour deux ans, elle a été prolongée à plusieurs reprises, et les patients encore sous traitement au 31 décembre 2024 bénéficient désormais d’une continuité de prise en charge à titre exceptionnel jusqu’au 31 mars 2026. Dans ce contexte, le comité scientifique temporaire « Suivi de l’expérimentation française de l’usage médical du cannabis », modéré par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), s’est réuni le 14 janvier 2026 pour analyser les dernières données de sécurité et préparer la généralisation.
Cinq indications clés
Au 31 juillet 2025, 1 650 patients étaient encore inclus dans le dispositif expérimental. Les douleurs neuropathiques réfractaires représentent de loin la première indication avec 993 patients (60,2 %), suivies par la spasticité douloureuse liée à la sclérose en plaques (15 %), l’épilepsie sévère pharmacorésistante (9,3 %), les situations palliatives (6,4 %) et les symptômes rebelles en oncologie (5,6 %). Depuis le début de l’expérimentation, 2 154 professionnels de santé ont été formés à la prescription ou à la délivrance du cannabis médical.
Des signaux de sécurité à surveiller
Le 5e rapport annuel de pharmacovigilance couvre la période d’avril 2024 à juillet 2025 et recense 30 cas de pharmacovigilance, dont 8 graves, pour un total de 85 effets indésirables, sans aucun cas d’addictovigilance retenu sur la période. Soit 90 cas graves pour 3 164 patients inclus depuis le début de l’expérimentation (2,8 % des patients inclus ont présenté au moins un effet indésirable grave). Les troubles dominants restent neurologiques, psychiatriques et digestifs. Parmi les signaux notables figure :
- Un nouveau cas psychiatrique grave (hallucinations, confusion, déréalisation), ayant régressé à l’arrêt du traitement, portant à 7 le nombre total de cas graves de ce type depuis 2021.
- Sur le plan cardiovasculaire, un nouveau syndrome coronarien aigu a été signalé chez un patient de plus de 69 ans avec antécédents. Un profil retrouvé dans l’ensemble des 6 cas coronariens enregistrés depuis le début de l’expérimentation.
- Sur le volet digestif, un nouveau signal de syndrome d’hyperémèse cannabique, même si le rôle exact du cannabis médical reste difficile à évoquer, étant donné que le patient consommait aussi du cannabis à visée récréative. Le comité mentionne également un cas de tumeur de la tête du pancréas ayant entraîné l’arrêt du traitement, sans que les éléments disponibles permettent, à ce stade, de relier cet événement au cannabis médical.
Côté interactions, un cas grave a retenu l’attention : l’association entre cénobamate et cannabidiol (CBD) s’est accompagnée d’une aggravation des crises convulsives. Deux autres interactions, jugées non graves, ont aussi été signalées, l’une avec la duloxétine, l’autre avec l’olaparib.
Changements de lots
En septembre 2025, le suivi a d’abord enregistré deux nouveaux cas de cytolyse hépatique, dont l’un prolongeait un dossier déjà identifié d’hyperémèse cannabique, tandis que l’autre concernait un patient polymédiqué sans qu’un rôle clair du CBD puisse être retenu.
Dans le même temps, l’arrivée de nouveaux lots du fournisseur LGP, avec une teneur en THC plus élevée pour certaines références de CBD, a engendré le recensement de cinq signalements, avec notamment des troubles de la vigilance, des vertiges, de la somnolence, des modifications perçues de goût, d’odeur ou de couleur, et dans un cas une baisse de dose décidée par le médecin face à une fatigue et des difficultés de concentration.
Erreurs médicamenteuses
Trois erreurs médicamenteuses ont été rapportées lors de la période, dont une confusion de pipette avec le Laroxyl ayant conduit aux urgences, et une erreur de dose due à une mauvaise lecture des caractères sur la pipette, entraînant de la somnolence. À cela s’ajoute une erreur de dispensation de CBD LGP50, à l’origine d’un surdosage chez un patient.
Une formation des prescripteurs
L’ANSM a mis à jour le contenu de la formation obligatoire des prescripteurs. Celle-ci intégrera désormais les données d’efficacité et de sécurité tirées de l’expérimentation, ainsi que des modules pratiques sur l’initiation, le suivi et les modalités d’arrêt du traitement en fonction des indications. À noter que la formation comportait initialement que des éléments généraux concernant le cannabis, tel que la plante, le système endocannabinoïde, les voies d’administration et la réglementation.
Sur le plan réglementaire, la prochaine étape se joue au premier semestre 2026, avec la publication attendue des décrets de généralisation et l’évaluation par la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé des médicaments à base de cannabis autorisés par l’ANSM, en vue d’une éventuelle prise en charge par l’assurance maladie.
Publié le 25/03/2026







