Cannabis médical: qui a oublié les patients ?

Cannabis médical: qui a oublié les patients ?

Interview de Fabienne Lopez

Crédit photo : Catherine Biasetto

Fabienne Lopez, Présidente de l’Association Principes Actifs (qui rassemble les

utilisateurs de cannabis pour des buts de santé) est un amie de longue date de

notre journal. Nous échangeons depuis des années, en partageant grâce à elle,

le point de vue de celles et ceux qui utilisent !e cannabis à des fins thérapeutique.

Aujourd’hui, nous redonnons la parole à notre chère Fabienne afin qu’elle puisse exprimer ses inquiétudes

concernant le système d’accès au cannabis médical qui est en train d’être mis en place.

Avez-vous une idée du modèle d’accès qui se met en place en France?

Les malades pourront avoir accès à ces traitements sur prescription du médecin traitant, qui

devra établir une ATU (Autorisation Temporaire d’Utilisation) tous les 28 jours, le cannabis étant

classé comme stupéfiant… Le médecin devra suivre une E-formation, rapide, pour pouvoir

prescrire. Normalement les producteurs(trices) devraient pouvoir accéder à ce marché, qui est

ouvert à tous, mais ils ont eu aussi des problèmes dus au retard entre autres de la validation de ces

décrets. Le souci, plus le temps passe, est qu’ils devront faire face à la concurrence étrangère, qui,

elle, est déjà en place.

Savez-vous actuellement si les inflorescences de cannabis feront partie de l’offre médicale?

Non, les fleurs ont été retirées à la demande du ministre de l’Intérieur en 2023 par manque de

sécurité. Nous avons envoyé à la Haute Autorité de Santé et à l’ANSM des modèles d’appareils qui

permettent de sécuriser les traitements, sous forme de petites dosettes scellées. Nous l’avons

aussi rappelé au Conseil d’État.

Beaucoup de patient(e)s ont fini par cultiver leur traitement

Pourquoi serait-ce une farce si les fleurs n’étaient pas autorisées?

Une très mauvaise farce. Ce traitement, le plus rapide dans son utilisation par vaporisation, est le plus efficace pour les malades qui souffrent de douleurs chroniques, par exemple. L’ingestion demande beaucoup plus de temps pour en ressentir les effets. Et puis il y a un fait qui nous choque, c’est un ministre de l’Intérieur qui se mêle de santé ! C’est tout de même assez extraordinaire qu’un(e) ministre de la Santé ne puisse pas prendre cette décision, cette question ne devrait concerner que le ministère de la Santé.

Mais les politiques qui sont contre la légalisation du cannabis ne souhaitent pas que le cannabis thérapeutique le soit, car pour eux ce serait un risque, celui de « banaliser » et donc d’aller vers une légalisation. On peut prendre pour exemple la politique hyper répressive menée par la France et accusant les usagers d’être responsables du trafic.

Outre l’absence des fleurs dans offre médicale, quels autres points importants pensez-vous qu’il soit préférable de commencer à mettre en avant?

La liste restrictive basée sur 5 critères [Ndr. Douleurs neuropathiques réfractaires, spasticité de la sclérose en plaques, épilepsies pharmaco-résistantes, effets secondaires liés au cancer ou aux traitements anticancéreux et situations palliatives] et la prescription en dernière intention sont des problèmes. Enormément de pathologies ne rentrent pas dans les prescriptions et le fait de devoir tester tous les traitements afférents à nos pathologies veut dire qu’il va falloir convaincre son médecin, et s’il est prohibitionniste ça va être compliqué pour les patient(e)s. II nous a été dit, au moment de l’expérimentation, que cette liste sera élargie mais difficile de le croire, étant donné les difficultés rencontrées pour les 5 critères.

Et puis de nombreux patient(e)s n’ont pu être inclus parce-que leur médecin refusait sous prétexte que le cannabis est une drogue..

Dans quelle mesure une législation conçue sans consultation concrète des associations de patients pourrait-elle se retourner contre elles ?

L’expérimentation a fait connaître le cannabis médical, et beaucoup de patient(e)s qui n’ont pu entrer dans l’expérimentation ont fini par « cultiver »  leur traitement, ce qui est plus sécurisant que d’aller sur le marché clandestin, il y a aussi les médecins qui ne veulent pas prescrire .

Plus les traitements seront difficiles d’accès, plus les malades se tourneront vers l’autoproduction, sachant que ce n’est pas une mauvaise chose tant au niveau qualitatif que sanitaire. Le seul problème étant la répression, l’option de l’autoproduction est plus sécure.

Depuis près de 30 ans j’ai rencontré des malades qui cultivaient leur cannabis, et ils n’ont pas l’intention d’arrêter. Ils savent quelles variétés consommer, et contrairement à ce qui est dit: la qualité est la même, sinon meilleure, que celles cultivées par les trusts..

Quelles seraient vos priorités si vous deviez contribuer à l’élaboration d’un cadre réglementaire sécurisé, cohérent et respectueux du droit à la continuité des soins ?

Tout reste encore à faire. D’abord, il faudrait communiquer vers le corps médical car il y a encore trop de professionnels de santé qui ne sont pas du tout informés et ne savent pas comment ils peuvent prescrire.

En tant que patient(e)s ce qui nous conviendrait serait une liste des pathologies moins restrictives, ne pas l’avoir en dernière intention: ce qui reviendrait à simplifier les prescriptions, le retour des fleurs serait aussi nécessaire.

Source : Softsecret

Publié le : 02/2026

Auteur: Principes Actifs 1

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