Blocage du cannabis médical : ça ne fait pas rire les patients

Pour l’hantavirus, le ministère de la Santé a réussi à sortir un
décret en deux heures. Pour le cannabis médical, on attend depuis plus
de deux ans », compare Mado Gilanton. La présidente d’Apaiser,
l’association qui représente les patients souffrant de Syringomryélie
et de Chiari, deux maladies rares, milite en première ligne depuis
huit ans pour que le cannabis médical puisse être prescrit aux
patients souffrant de douleurs chroniques et résistantes à d’autres
traitements. Légalisé dans une cinquantaine de pays, dont 21 pays de
l’Union européenne, le cannabis médical devrait l’être aussi en France
: un article spécial a été prévu dans la loi de financement de la
Sécurité sociale, le 26 décembre 2023. Sauf qu’il ne peut pas être
prescrit car le décret d’application n’est toujours pas signé, ce qui
bloque les dernières étapes administratives. Notamment l’évaluation de
la Haute autorité de Santé (HAS). Lancée en 2021 par l’Agence du
médicament (ANSM), l’expérimentation du cannabis médical a été
prolongée. La liste des pathologies « éligibles » est restreinte :
douleurs neuropathiques réfractaires, épilepsies pharmaco résistantes,
contractions liées à la sclérose en plaques, nausées persistantes sous
chimiothérapie et soins palliatifs. Les associations de malades
avancent le chiffre de 300.000 personnes qui pourraient être soulagées
par le cannabis médical. Après bien des déconvenues, Mado Gilanton
veut faire preuve d’optimisme : « J’ai le sentiment que la ministre de
la Santé, Stéphanie Rist, a pris le taureau par les cornes. On a un
rétroplanning qui permettrait d’avoir une mise à disposition pour les
patients début 2027 ». La première prescription ne pourra se faire
qu’à l’hôpital Jouany Chatoux, qui s’est lancé dans la production de
cannabis dans la Creuse, redoute que la généralisation du cannabis
médical ne soit que theorique. : « Les autorités sont tellement
obnubilées par l’aspect sécuritaire sur le cannabis, qu’au final très
peu de patients pourront accéder à ces traitements. Ça va être encore
une usine à gaz. »

« J’ai pu reprendre mes activités quotidiennes »

« Ça fait quinze ans que je vis avec des douleurs en raison d’une
neuropathie héréditaire », situe Léna Mancec, une quadragénaire
installée dans le sud de la France.
Elle fait partie de ces « 40.000 à 50.000 personnes » touchées en
France par des neuropathies de type Charcot-Marie-Tooth. Les nerfs
sont affectés, la douleur est permanente. « J’ai essayé toutes sortes
de traitements, retrace Léna. Ceux de neurologie, je les supporte très
mal. Il m’est arrivé de trouver quelque chose qui marche contre la
douleur, mais j’étais complètement shootée, je ne pouvais pas me lever
pendant des jours. » Depuis plusieurs années, Léna parvient à atténuer
cette souffrance continue grâce au CBD, le cannabidiol, la molécule
non psychotrope issue du cannabis. « Ça met un voile sur la douleur.
Ça me permet de reprendre des activités quotidiennes, sans être
obnubilée par cette douleur. Et de mieux dormir aussi. Je peux
reprendre une vie sociale. Il y a une amélioration générale et ça, ça
n’a pas de prix. »
Autre pathologie mais calvaire similaire pour Marie, 28 ans. Cette
jeune femme installée en région parisienne s’est vue diagnostiquer une
malformation de Chiari — au niveau du cervelet — il y a douze ans : «
Je souffre de maux de tête en continu et de décharges électriques dans
les quatre membres. C’est comme si je mettais les doigts dans la prise
». Marie, elle aussi, a « tout testé », « autant du côté des opiacées
que des thérapies alternatives », avant que son neurologue ne
l’oriente vers le « traitement de la dernière chance ». La vie de
cette jeune femme, qui travaille dans le milieu médical, à « vraiment
changé », depuis qu’elle prend, dans le cadre de l’expérimentation
nationale, un traitement à base de CBD mais aussi de THC, le
tétrahydrocannabinol, le principal composé psychoactif du cannabis. «
Je n’ai plus aucune décharge électrique et la douleur provoquée par
les céphalées est tombée au degré un ou deux sur une échelle d’un à dix. »

Marie s’en tient à du cannabis médical d’origine naturelle, tel qu’il
est encadré par le protocole expérimental « Précédemment, j’avais
testé un médicament à base de THC synthétique. C’était très fort. Je
pouvais planer pendant douze à seize heures. C’était incompatible avec
mon activité. Alors qu’avec le cannabis thérapeutique naturel, j’ai
très peu d’effets secondaires. »

Le cannabis médical ne va pas se substituer complètement aux puissants
antidouleurs que sont les opiacées, addictives et parfois détournées.
« On peut avoir besoin des opiacées dans les phases aiguës, par
exemple dans les jours qui suivent une opération, convient Mado
Gilanton. Mais on voit beaucoup de patients passés au cannabis qui
renoncent au Tramadol ou à la Kétamine. Et qui derrière reprennent le
travail. On peut vivre avec le cannabis, alors qu’avec les opiacées on
est vite marginalisé. » .

La suite dans la publication : https://www.lamontagne.fr/paris-75000/economie/la-france-reste-bloquee-sur-un-delire-prohibitif-les-patients-n-en-peuvent-plus-d-attendre-le-cannabis-qui-soigne_14992012/

Publié le 26/05/2026

Auteur: Principes Actifs 1

Partager cet article :