
Cannabis médical : la protection du consommateur s’invite dans le débat
Quatre ans après l’adoption de la loi 13-21 encadrant les usages licites du cannabis, le Maroc poursuit la construction d’une filière thérapeutique qui commence à produire ses premiers résultats industriels. Production en hausse, multiplication des licences et apparition de dizaines de produits dérivés témoignent d’une dynamique désormais engagée. Mais à mesure que le secteur se développe, une nouvelle question s’impose : celle de l’information du consommateur et de la transparence entourant les produits mis sur le marché.
Les derniers chiffres communiqués par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) illustrent la montée en puissance progressive de la filière. Plus de 140 produits à base de cannabis ont été développés par l’industrie pharmaceutique nationale et enregistrés auprès de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS). Ces produits seraient désormais disponibles dans plus de 600 points de vente autorisés à travers le Royaume.
Parallèlement, la production nationale poursuit sa progression. En 2025, la récolte de cannabis sec a atteint 19.576 quintaux, contre 18.810 quintaux un an auparavant. L’ANRAC comptabilise également 5.765 licences actives, dont 5.492 dédiées à la culture, bénéficiant à plus de 5.300 agriculteurs installés principalement dans les provinces du nord.
Ces indicateurs traduisent le passage d’un cadre législatif à une véritable organisation économique de la filière. Longtemps associée à l’économie informelle, la culture du cannabis s’inscrit désormais dans un système réglementé reposant sur la traçabilité, le contrôle des semences, la contractualisation et le respect de cahiers des charges précis.
Toutefois, la progression des chiffres ne dissipe pas toutes les interrogations.
L’Observatoire marocain de protection du consommateur a en ce sens appelé à davantage de transparence concernant les médicaments dérivés du cannabis déjà enregistrés. L’association estime que les informations actuellement disponibles restent insuffisantes pour les professionnels de santé, les chercheurs, les pharmaciens mais également les patients.
L’Observatoire demande notamment la publication d’une liste officielle des produits autorisés, accompagnée de leurs noms commerciaux et scientifiques, de leurs indications thérapeutiques, des catégories de patients concernées ainsi que des études ayant permis leur enregistrement.
Selon l’association, l’absence de ces informations risque d’alimenter une confusion autour des usages médicaux du cannabis et de nourrir des attentes parfois déconnectées des réalités thérapeutiques.
La question est d’autant plus importante que la disponibilité d’un médicament ne signifie pas automatiquement son intégration dans les pratiques médicales. Plusieurs spécialistes soulignent que le cannabis thérapeutique reste un domaine en construction, nécessitant des protocoles précis, des indications clairement définies et un suivi scientifique rigoureux.
La première journée scientifique consacrée à l’usage thérapeutique du cannabis, organisée récemment par l’ANRAC en partenariat avec la Société marocaine des sciences médicales, a d’ailleurs mis en évidence ce nouveau chantier. L’enjeu ne porte plus uniquement sur la légalisation ou la production, mais sur l’encadrement médical des usages, la formation des praticiens et la production de données cliniques nationales.
Cette exigence de transparence concerne également les agriculteurs engagés dans la filière légale. Certaines organisations de consommateurs relèvent que plusieurs producteurs disposent encore de peu d’informations sur la destination finale des matières premières qu’ils cultivent, ce qui souligne la nécessité d’une meilleure circulation de l’information tout au long de la chaîne de valeur.
Sur le plan économique, les autorités misent sur le développement d’une industrie à forte valeur ajoutée capable de créer des emplois, de favoriser la transformation locale et de générer de nouveaux débouchés à l’export. Cependant, les segments de la transformation pharmaceutique, de la recherche et de l’innovation demeurent encore en phase de consolidation.
Outre les performances économiques, la crédibilité de la filière dépendra désormais de sa capacité à instaurer un climat de confiance. Pour les associations de consommateurs, le droit à une information claire sur les produits commercialisés constitue une condition indispensable à l’adhésion des citoyens.
Le cannabis thérapeutique marocain semble ainsi entrer dans une nouvelle phase de son développement. Après le temps de la réglementation et celui de la structuration économique, vient désormais celui de la transparence, de l’information et de la protection du consommateur, devenues des conditions essentielles pour asseoir durablement la légitimité de cette nouvelle filière sanitaire et industrielle.
Publié le 30/06/2026







