Cannabis médical : “un soulagement énorme” pour les premiers patients

La France autorise depuis fin mars, pour une expérimentation de deux ans, l’usage du cannabis médical.

(AFP) – Dans le cabinet de son neurologue, Françoise Bernard semble apaisée d’avance : comme 3.000 autres patients en France, elle va enfin pouvoir expérimenter le cannabis médical, un traitement dont elle “attend beaucoup” pour soulager ses sensations de “brûlures terribles” dans les jambes.

De petits flacons complètement banals. Ils contiennent 10 millilitres d’huile avec “un ratio équilibré” entre les deux principales molécules du cannabis, le THC psychotrope, et le CBD sans effet stupéfiant, explique le Dr Didier Bouhassira, spécialiste de la douleur à l’hôpital Ambroise Paré de l’AP-HP, à Boulogne-Billancourt. Un dosage que le professionnel peut faire varier en fonction des patients. L’ordonnance tendue par son médecin prescrit un traitement encore illégal il y a quelques semaines, et que la France autorise depuis fin mars pour une expérimentation de deux ans.

Françoise va devoir ingérer le liquide “matin et soir” avec une pipette graduée et augmenter la dose “progressivement de 0,1 millilitre tous les deux jours”.

“Interdiction de conduire” pendant toute la durée du traitement, et en cas d’effets secondaires – vertiges, hallucinations, troubles cardiaques ou digestifs -, “vous nous appelez”, insiste le neurologue. Des précautions d’usage vite expédiées par la patiente.

“C’est un soulagement énorme” de pouvoir démarrer après les multiples reports subis par l’expérimentation, confie la sexagénaire. “Quand on voit tous les pays d’Europe qui en prescrivent, et Israël, les États-Unis… On se demande pourquoi la France refuse de le faire.”

Depuis un accident de moto qui lui a coûté sa jambe droite il y a huit ans, cette médecin marche avec une prothèse dotée d’un genou électronique et est confrontée quotidiennement à des douleurs neuropathiques “maximales”.

Antidépresseurs, antiépileptiques, stimulation électrique de la moelle épinière, la patiente a tout essayé pour mettre fin à son “calvaire” et faire taire les “coups de couteau” qui la réveillent la nuit, malgré la morphine. Elle est même allée voir “un magnétiseur”, en vain.

– 700.000 patients potentiels –

Elle mise donc énormément sur le cannabis, notamment depuis un voyage à Amsterdam il y a cinq ans. Là-bas, cette professionnelle de santé, “pas du tout consommatrice” de joints, s’essaie aux “space cakes”, des gâteaux au chocolat cuisinés avec la plante.

Après ingestion, elle dort “comme un bébé” et se réveille “sans aucune douleur, ce qui n’était jamais arrivé depuis l’accident”, raconte-t-elle timidement. Malgré cette expérience positive, l’ex-motarde n’a jamais enfreint la loi, par peur de jouer à l’apprentie sorcière.

Pendant l’expérimentation, “on va pouvoir m’aider dans le dosage”, souffle-t-elle. Elle verra son médecin tous les 28 jours pour renouveler sa prescription, et remplira avec lui un registre pour consigner bénéfices et effets indésirables du traitement.

Comme elle, au moins 3.000 patients en “impasse thérapeutique”, atteints de douleurs neuropathiques, de certaines formes d’épilepsies, d’effets secondaires de la chimiothérapie, de certaines douleurs de la sclérose en plaques ou en situation de soins palliatifs vont participer à l’expérimentation.

Pour Mylène Cornec, également suivie à l’hôpital Ambroise Paré, le cannabis, “c’est le traitement de la dernière chance”.

Pour contrer les “décharges électriques” provoquées par sa malformation de Chiari, une maladie rare, “les médecins n’ont plus d’idées”, raconte l’étudiante de 23 ans à l’AFP.

“Ça ne va pas être la solution miracle pour traiter tout le monde”, tempère le Dr Bouhassira. Le spécialiste espère toutefois obtenir “des informations médicales extrêmement intéressantes” grâce à cette expérimentation. Car si la littérature scientifique documente déjà l’intérêt thérapeutique du cannabis, ses applications précises sont encore mal connues.

“On sait que certains patients pourront bénéficier de ces médicaments”, explique-t-il. Mais “pour l’instant, on n’est pas capable de les identifier, donc on le donne un peu à tout le monde et on voit ce qu’il se passe.”

Face à de telles inconnues, choisir ceux qui bénéficient du test grandeur nature a été “difficile”, reconnaît le neurologue. D’autant que son centre anti-douleurs, qui accueille “5.000 patients” s’est vu attribuer “une douzaine de places”.

“On espère que l’expérimentation sera positive et qu’on pourra étendre ce type de traitements assez rapidement à beaucoup plus de patients”, confie-t-il.

Selon un récent rapport parlementaire, près de 700.000 patients pourraient à terme recourir à des traitements médicaux à base de cannabis.

Source : ladepeche.fr

Auteur: Philippe Sérié

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