Le CBD se transforme-t-il en THC dans l’estomac ?

 

Les molécules de CBD et de THC sont très proches dans leurs structures, si bien que certains procédés permettent de transformer le CBD en dérivés du THC. Roger Adams et le Professeur Mechoulam, les chercheurs qui ont respectivement découvert le CBD et le THC, avaient notamment travaillé sur l’isomérisation du CBD. Ils ont ainsi réussi à transformer la molécule de CBD en delta8-THC et delta9-THC, principe actifs qui ont tous deux un potentiel psychoactif, par isomérisation. Le CBD pourrait -il connaitre le même sort dans l’estomac sous l’action des sucs gastriques ?

L’isomérisation

Différents procédés de transformation du CBD en dérivés du THC existent mais ils requièrent tous des compétences poussées en chimie. Il faut notamment avoir sous la main des acides aux noms obscurs tel que l’acide chlorhydrique ou l’acide paratoluènesulfonique ou encore de l’éther pour procéder à l’extraction. Ce qui est sûr c’est que c’est possible puisque certaines techniques sont déjà brevetées.

Tout ces procédés reposent sur la méthode d’isomérisation. Concrètement, il s’agit de dissoudre le CBD puis de produire une réaction chimique entre la solution et un acide (différents solvants et acides font l’affaire). En milieu acide, le CBD est cyclisé : il forme un nouvel anneau de carbone pour se transformer en THC (en général, seulement 50% à 60% du CBD est isomérisé en THC). C’est pourquoi la théorie de l’estomac qui est un milieu extrêmement acide est cohérente.

L’ingestion de CBD cause-t-elle des effets psychoactifs?

Après avoir constaté des effets indésirables chez certains patients traités avec du CBD par voie orale, des chercheurs américains se sont demandés s’il était possible que le CBD soit isomérisé et transformé en THC par l’estomac en quantité telle qu’il puisse causer des effets physiologiques. Leurs résultats publiés dans Cannabis and Cannabinoid Research suggèrent que le CBD se transforme en THC dans l’estomac en quantité suffisante pour causer des effets psychoactifs. L’expérience a cependant été pratiquée in vitro avec du fluide gastrique simulé (SGF). Les données issues d’échantillons de sang et d’urine suggèrent en revanche que ce n’est pas le cas.

D’autres chercheurs se sont penchés sur la question et ont examiné la présence de ∆9-THC et de ∆8-THC dans l’urine après ingestion de CBD. Ils ont trouvé moins de 1% de ∆9-THC et entre 1 et 2% de ∆8-THC comparé à la dose de CBD ingérée. Cela suggère que seule une quantité infime de CBD se transforme en THC après ingestion. D’autres chercheurs ont recherché la présence de THC et de ses métabolites dans le sang après ingestion de 600 mg de CBD. Celle-ci était statistiquement insignifiante. Or, pour déclencher des effets psychoactifs, il faut une activité significative au niveau des récepteurs du cerveau B1 ce qui se traduirait par la présence importante de THC dans le sang. En outre, les patients ayant ingéré du CBD n’ont jamais rapporté des effets psychoactifs, la consommation de CBD ayant été montrée sure, notamment par l’OMS.

Science et conflits d’intérêts

Dans la première étude, les chercheurs ont cherché à établir un ratio pour déterminer l’exposition éventuelle des patients aux effets du CBD dégradé en THC. Ils ont trouvé que le CBD dans du SGF avec 1% de sulfate de sodium dodecyl se dégradait en Δ9-THC et Δ8-THC à 85% en une heure et à 98% en une heure et demi. Bien que ces données soient différentes in vivo, des scénarios où ces dérivés atteignent 20 ou 30 mg dans l’organisme – soit 1,5 fois la dose journalière recommandée – sont plausibles selon eux. A de tels niveaux ces dérivés peuvent être responsables d’effets physiologiques importants et cela pose un certain nombre de questions quant à l’administration de CBD par voie orale chez les enfants notamment. Cependant, une autre étude in vivo avec du SGF trouve que seul 3% du CBD est converti en THC et cela 20 heures après ingestion, soit 200 fois plus lentement que dans la première étude. Cette différence énorme interroge la validité de la première étude.

Projectcbd souligne que l’étude publiée dans Cannabis and Cannabinoid Research a été financée par l’entreprise pharmaceutique Zynerba qui a annoncé dans un communiqué de presse en 2016 qu’elle était en train de mettre au point un système d’administration transdermique pour « contourner la prise gastro-intestinale et la dégradation potentielle du CBD en THC dans l’estomac (associée à des effets psychoactifs) ».

L’entreprise avait donc tout intérêt à présenter le CBD comme ayant des effets adverses. Ce n’est pas la seule à l’avoir fait, Ananda Scientific a également fait l’apologie de sa formulation de CBD en disant qu’elle ne se transformait pas en THC après ingestion alors qu’il existait un facteur risque dans d’autres produits CBD existants. Ce genre d’intérêts commerciaux appuyés par la « recherche scientifique » ne sont pas anodins et peuvent influencer les décideurs politiques dans la confection des régulations.

Source : newsweed.fr

Auteur: Philippe Sérié

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